Cet homme était le 41e humain à tester la DMT en perfusion intraveineuse continue
- Yann Marek

- 15 juil.
- 4 min de lecture

La plupart des personnes ayant fumé de la DMT décrivent un voyage d'une durée comprise entre cinq et quinze minutes. C'est court, brutal et souvent terminé avant même que l'esprit ne puisse s'orienter. Cependant, un nombre restreint mais croissant de personnes subissent désormais une administration intraveineuse de DMT en continu, dosée de manière prolongée sur plusieurs heures plutôt que délivrée en une seule bouffée inhalée.
Chase Hughes
Le récit de Chase Hughes à propos d'une séance de cinq heures de DMT intraveineuse dans le podcast The Great Unlearn offre une perspective rare sur ce qui se produit lorsque l'expérience de la DMT est prolongée. Il se décrit lui-même comme la 41e personne au monde à avoir suivi ce protocole particulier, administré à l'aide d'une pompe d'anesthésie capable de doser en temps réel. Cela permet concrètement à un praticien de propulser le participant plus profondément dans l'expérience en augmentant le débit.
Sa motivation déclarée était la neuroplasticité. Un scanner cérébral avait révélé que près de 38 % de son cerveau ne fonctionnait pas de manière optimale. Il recherchait la stimulation neurogénique associée aux psychédéliques, stimulée par le BDNF (facteur neurotrophique dérivé du cerveau), une protéine essentielle à la croissance synaptique et à la réouverture des périodes critiques de plasticité dans le cerveau adulte.
Mais d'après son témoignage, ce qu'il a vécu s'apparente plutôt à une rupture ontologique totale. Il explique avoir traversé la salle d'attente (cet espace intermédiaire que de nombreux utilisateurs de DMT déclarent pénétrer avant l'expérience complète) en seulement quelques secondes, propulsé par la capacité de la perfusion à augmenter la dose à la demande. Ce qui a suivi fut une rencontre avec les entités que les utilisateurs de DMT décrivent avec une cohérence remarquable depuis des millénaires. Des êtres de lumière, non humains, conscients et, selon ses dires, en train d'effectuer une sorte de travail chirurgical sur son corps.
Il raconte avoir été allongé sur une table, ouvert du bassin jusqu'au cou sans éprouver de douleur, tandis qu'un instrument était introduit par sa cavité nasale jusqu'à la base de son crâne. Tout au long de cette expérience, il affirme n'avoir ressenti aucune peur, mais seulement un amour omniprésent et une absence totale de jugement, alors même que le contenu de l'expérience aurait été terrifiant dans un état de conscience ordinaire.
La question des entités
C'est cette partie des récits de DMT prolongée que des chercheurs comme Andrew Gallimore, Donald Hoffman et Peter Sjöstedt-Hermansson tentent de prendre au sérieux plutôt que de la rejeter comme une simple hallucination. Leur récente prépublication intitulée Traces of the Other soutient que la cohérence, la structure et l'agence apparente de ces entités à travers les cultures et les siècles méritent un véritable examen philosophique et scientifique, plutôt qu'une explication par un simple bruit neuronal aléatoire. Une expérience comme celle-ci, où le sujet fait état d'une activité cohérente et dirigée vers un but précis par des êtres distincts sur une période continue de plusieurs heures, constitue le type de données que ce modèle doit intégrer.
L'aspect temporel est peut-être le détail le plus frappant de son récit. Cinq heures de temps réel ont semblé durer cinq ou six mois. Cette dilatation temporelle radicale est une caractéristique récurrente des récits liés à la DMT. C'est l'une des raisons pour lesquelles des chercheurs comme Gallimore suggèrent que les protocoles de DMT à état prolongé (parfois appelés DMTx) fonctionnent moins comme un voyage sous drogue et plus comme une immersion totale, une visite prolongée dans un autre mode de fonctionnement de la conscience, plutôt qu'un bref aperçu.
C'est une théorie que des centres légaux de DMTx, notamment Eleusis sur l'île de Bequia, s'efforcent aujourd'hui de tester formellement à l'aide de protocoles structurés, d'un accompagnement à l'intégration et de l'enregistrement de données physiologiques, plutôt que de s'en remettre uniquement à des anecdotes.
L'intention
Il décrit également comment sa femme, présente lors de la séance mais n'ayant rien consommé, a pu choisir au préalable parmi différents flacons de DMT et a été invitée à formuler une intention au-dessus d'eux. La première chose abordée lors de l'expérience, avant tout le reste, a été précisément la demande qu'elle avait formulée concernant sa santé physique. Que l'on y voie une coïncidence, une suggestion ou autre chose, c'est le genre d'anecdote pour laquelle la recherche sur la DMT prolongée devra un jour trouver des cadres d'interprétation.
Le plus difficile à communiquer sur ces expériences, de son propre aveu, est leur démesure. Il rapporte qu'une personne de confiance lui avait dit que la DMT est immense d'une manière que l'on ne peut ni imaginer, ni décrire, ni comprendre, ni même effleurer. C'est peut-être la chose la plus exacte qui ait été de loin dite à ce sujet.
Alors que la DMT à état prolongé passe des installations d'anesthésiologie clandestines à des protocoles légaux et formels, ces récits constituent la matière première que les chercheurs devront un jour systématiser. La question n'est plus seulement de savoir ce que la DMT fait au cerveau, mais de comprendre ce qui se trouve, éventuellement, de l'autre côté. Regarder le podast sur Youtube ici.



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