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Au-delà de l'esprit : les psychédéliques pourraient-ils aussi réinitialiser le corps ?

  • Photo du rédacteur: Yann Marek
    Yann Marek
  • 29 juil.
  • 4 min de lecture

Pendant des années, la recherche scientifique sur les psychédéliques s'est concentrée sur ce qui se passe dans le cerveau. Les chercheurs ont montré que des composés comme la psilocybine peuvent augmenter la neuroplasticité, perturber les schémas de pensée rigides et aider les personnes à surmonter la dépression, l'addiction et le trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Et si ce n'était que la moitié de l'histoire ?


Un nouvel article publié dans le Journal of Psychedelic Studies soutient que les psychédéliques pourraient également faire basculer le corps dans un état temporaire d'adaptabilité accrue. Les auteurs appellent cela un État Physique Pivot (Pivotal Physical State ou PiPS), un pendant physiologique proposé au concept bien connu d'États Mentaux Pivots (Pivotal Mental States ou PiMS).


Une transformation de tout l'organisme

Le PiMS décrit ces rares fenêtres durant lesquelles le cerveau devient inhabituellement plastique, rendant possible un changement psychologique durable. Le PiPS étend cette idée au-delà du cerveau, proposant que les grands systèmes du corps (notamment le système immunitaire, la réponse au stress, le métabolisme et l'intestin) puissent eux aussi devenir temporairement plus flexibles et capables de se réétalonner.


Cette théorie s'appuie sur un corpus croissant de preuves montrant que les psychédéliques affectent bien plus que la conscience. Des études ont rapporté des changements dans l'inflammation, le cortisol, la signalisation immunitaire, l'activité du système nerveux autonome, le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) et même la fonction mitochondriale à la suite de l'administration de psychédéliques.


Plutôt que de les considérer comme des effets secondaires sans lien, les auteurs suggèrent qu'ils pourraient tous faire partie d'une réponse adaptative coordonnée de l'ensemble du corps.


Selon l'article, les psychédéliques pourraient brièvement faire sortir le corps de son équilibre habituel grâce à une réponse contrôlée au stress physiologique. Cette perturbation temporaire pourrait ensuite déclencher la réparation et l'adaptation, un peu comme l'exercice physique, le jeûne ou l'exposition au froid améliorent la santé en exposant l'organisme à un stress maîtrisable. Ce concept, connu sous le nom d'hormèse, est déjà bien établi en biologie, et les auteurs pensent que les psychédéliques pourraient exploiter des mécanismes similaires.


Les systèmes biologiques derrière le PiPS

Les chercheurs décrivent plusieurs voies biologiques qui pourraient contribuer à ces états physiques pivots. L'une d'elles implique le récepteur de la sérotonine 5-HT2A, très répandu, qui est la cible principale des psychédéliques classiques. Bien que ces récepteurs soient abondants dans le cerveau, on les trouve également dans tout le corps, y compris dans l'intestin, le système cardiovasculaire et les cellules immunitaires. L'activation de ces récepteurs pourrait influencer l'inflammation, la fonction autonome et la régulation immunitaire, parallèlement aux modifications de la conscience.


L'article souligne également le rôle de l'hormone du stress, le cortisol. Bien que le stress chronique soit nocif, une brève poussée de cortisol peut en réalité être bénéfique, en activant des voies protectrices qui réétalonnent les circuits du stress et réduisent l'inflammation une fois la difficulté passée. Des études antérieures ont déjà montré que la psilocybine peut abaisser les marqueurs inflammatoires tels que le TNF-α, l'IL-6 et la protéine C réactive tout en augmentant temporairement le cortisol, ce qui suggère que la réponse au stress de l'organisme pourrait jouer un rôle thérapeutique important plutôt que d'être un simple effet secondaire.


Au-delà des hormones du stress, les auteurs abordent plusieurs autres systèmes susceptibles de contribuer au PiPS, notamment le nerf vague, la signalisation de l'ocytocine, le microbiote intestinal, la santé mitochondriale, les récepteurs sigma-1 et la plasticité induite par le BDNF. Ensemble, ces voies pourraient aider à expliquer pourquoi la thérapie psychédélique produit parfois des améliorations qui dépassent la santé mentale, des preuves émergentes laissant entrevoir des bienfaits pour l'inflammation chronique, les troubles liés aux traumatismes et même la récupération après une blessure physique.


Introduction du « Bodyset »

Un aspect particulièrement intéressant de l'article est l'introduction du concept de « bodyset » (état corporel). La plupart des personnes familiarisées avec les psychédéliques connaissent l'importance du set and setting (l'état d'esprit et l'environnement). Les auteurs soutiennent qu'il existe un troisième facteur qui mérite une attention égale : l'état physiologique du corps avant l'expérience.


Des facteurs tels que l'inflammation, les hormones du stress, l'équilibre autonome, le sommeil, la santé immunitaire et le métabolisme peuvent tous influencer la manière dont une personne réagit aux psychédéliques et déterminer si ces états pivots conduisent finalement à la guérison ou à une dérégulation.


Il est important de noter qu'il s'agit d'un article théorique et non de nouvelles preuves expérimentales. Les auteurs proposent un cadre théorique réunissant des découvertes issues des neurosciences, de l'immunologie, de l'endocrinologie et de la physiologie en un modèle unique. Ils soutiennent que les futures recherches sur les psychédéliques devraient mesurer de manière systématique des biomarqueurs tels que les cytokines inflammatoires, le cortisol, la variabilité de la fréquence cardiaque et l'activité immunitaire, parallèlement aux résultats psychologiques, afin de tester si le PiPS existe réellement.


Pourquoi c'est important

Si cette idée se vérifie, elle pourrait fondamentalement changer notre façon de concevoir la médecine psychédélique. Plutôt que d'agir uniquement comme des substances qui remodèlent l'esprit, les psychédéliques pourraient rouvrir temporairement des fenêtres de plasticité dans tout l'organisme, permettant au cerveau et au corps de se réétalonner ensemble.


C'est une hypothèse ambitieuse, qui nécessite encore une validation expérimentale substantielle. Mais si de futures études viennent étayer le cadre du PiPS, la thérapie psychédélique pourrait finalement être comprise non seulement comme un traitement des maladies mentales, mais comme un catalyseur pour l'adaptation et la guérison du corps tout entier.


Source : Uthaug, et al., Pivotal physical states: The somatic equivalent to pivotal mental states. Journal of Psychedelic Studies (publié en ligne avant impression 2026), 2054.2026.00482, Article 2054.2026.00482. https://doi.org/10.1556/2054.2026.00482

 
 
 

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