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CHARTE ÉTHIQUE ET COMPORTEMENTALE DE L’ACCOMPAGNEMENT PSYCHÉDÉLIQUE

Photo du rédacteur: Yann Marek
Yann Marek
il y a 7 heures
10 min de lecture

Préambule

L’accompagnement psychédélique place une personne dans une situation de vulnérabilité inhabituelle. Les perceptions, les émotions, les souvenirs, le rapport au corps, le sentiment d’identité et la capacité de jugement peuvent être temporairement profondément modifiés.

Cette vulnérabilité confère à l’accompagnant une responsabilité particulière.

Son rôle n’est pas de prendre le pouvoir sur l’expérience, mais d’en protéger les conditions : sécurité, autonomie, consentement, dignité et liberté intérieure.

La présente charte définit une éthique de comportement indépendamment d’un titre universitaire ou professionnel particulier. Elle ne remplace ni la législation applicable, ni les obligations supplémentaires liées à une profession réglementée.


Article 1 — Primauté de la personne accompagnée

L’intérêt, la sécurité, la dignité et l’autonomie de la personne accompagnée priment sur :

  • les intérêts financiers du praticien ;

  • son ego ;

  • sa réputation ;

  • ses croyances ;

  • sa curiosité ;

  • ses objectifs de recherche ou de communication ;

  • son besoin de reconnaissance ;

  • son désir d’obtenir un résultat spectaculaire.

La personne n’est jamais un moyen au service du praticien.


Article 2 — Respect fondamental de l’autonomie

L’accompagnant reconnaît que la personne reste propriétaire de son corps, de ses décisions, de son expérience et de son histoire.

Elle conserve autant que possible le droit de :

refuser une proposition ;

changer d’avis ;

demander une modification du cadre ;

refuser un contact physique ;

garder le silence ;

ne pas raconter certaines parties de son expérience ;

interrompre une interaction ;

refuser une interprétation ;

refuser un rituel ;

refuser une pratique spirituelle ;

demander de l’aide ;

poser des limites.

Le consentement initial ne constitue jamais une autorisation générale et irrévocable.


Article 3 — Consentement libre, éclairé et continu

Le consentement doit être obtenu avant l’expérience dans un état permettant une décision suffisamment libre et réfléchie.

Les règles importantes sont expliquées à l’avance : déroulement, limites, toucher éventuel, confidentialité, présence de tiers, enregistrement, coût, risques, conduite à tenir en cas de difficulté et modalités d’accompagnement ultérieur.

Le consentement demeure cependant dynamique.

Un « oui » donné avant l’état modifié ne transforme jamais la personne en objet disponible pendant toute la séance.

En cas de doute, l’accompagnant privilégie l’abstention.


Article 4 — Transparence sur son rôle

L’accompagnant décrit honnêtement :

sa formation ;

son expérience ;

ses compétences ;

ses limites ;

son cadre professionnel ;

ce qu’il peut faire ;

ce qu’il ne peut pas faire.

Il ne laisse pas croire qu’il possède une qualification médicale, psychiatrique, psychologique ou psychothérapeutique qu’il ne possède pas.

Il distingue clairement accompagnement, facilitation, pratique spirituelle, coaching, psychothérapie et médecine lorsque ces distinctions sont pertinentes.


Article 5 — Ne pas travailler au-delà de ses compétences

Reconnaître ses limites fait partie de la compétence.

L’accompagnant sait dire :

« Je ne sais pas. »

« Cela dépasse mon domaine. »

« Cette situation nécessite l’avis d’un autre professionnel. »

Il oriente vers des personnes compétentes lorsque la situation médicale, psychiatrique, psychologique, pharmacologique, sociale ou juridique dépasse son champ d’intervention.


Article 6 — Sécurité avant expérience

Aucune recherche d’intensité, de catharsis, de révélation ou de « breakthrough » ne doit passer avant la sécurité.

L’accompagnant ne pousse pas une personne à aller plus loin simplement parce qu’une expérience plus spectaculaire lui semblerait préférable.

Il sait qu’une expérience psychédélique réussie n’est pas nécessairement une expérience forte.

Il ne confond pas intensité et efficacité.


Article 7 — Préparation sérieuse

L’accompagnement commence avant l’état psychédélique.

Le praticien prend le temps de connaître suffisamment la personne, ses attentes, ses inquiétudes, ses ressources, ses limites et les éléments susceptibles de modifier la sécurité de l’accompagnement.

Lorsqu'une situation nécessite une évaluation médicale ou psychiatrique qualifiée, il encourage ou exige cette évaluation avant de poursuivre.


Article 8 — Posture non directive

L’accompagnant n’est ni le réalisateur de l’expérience ni celui qui doit lui donner son scénario.

Il accompagne davantage qu’il ne dirige.

Il peut sécuriser, soutenir, reformuler, inviter ou questionner, mais évite d’imposer au participant ce qu’il devrait ressentir, comprendre, voir ou devenir.

La direction de l’expérience appartient autant que possible à la personne elle-même.

Une intervention plus directive peut devenir nécessaire lorsqu’il existe un enjeu immédiat de sécurité.


Article 9 — Protection contre la suggestion

Les états psychédéliques peuvent augmenter la suggestibilité et l’influence exercée par le contexte ou l’accompagnant.

Le praticien en tient compte.

Il évite notamment d’affirmer à la personne que :

tel événement traumatique s’est nécessairement produit ;

une image constitue obligatoirement un souvenir réel ;

une vision représente objectivement une vie antérieure ;

une sensation prouve la présence d’une entité ;

une expérience constitue une vérité métaphysique certaine ;

une interprétation particulière explique nécessairement son histoire.

Il peut explorer ces hypothèses comme des significations possibles, jamais les imposer comme des faits établis.


Article 10 — Liberté spirituelle et philosophique

L’accompagnant peut avoir ses propres convictions.

Il ne les impose pas.

Il ne profite pas d’un état de vulnérabilité pour convertir quelqu’un à une religion, une cosmologie, une pratique spirituelle, une idéologie ou une vision du monde.

Une expérience mystique peut être accueillie comme telle sans que le praticien prétende posséder l’interprétation définitive de ce qu’elle signifie.


Article 11 — Humilité interprétative

Face à l’inconnu, l’accompagnant privilégie :

« Cela pourrait signifier… »

plutôt que :

« Cela signifie… »

Il aide la personne à développer sa propre compréhension plutôt qu’à adopter celle du praticien.


Article 12 — Toucher physique

Le toucher n’est jamais considéré comme automatiquement thérapeutique.

Lorsque le toucher fait partie de la pratique, son utilisation et ses limites sont discutées avant la séance.

Le consentement préalable ne dispense pas de vérifier le consentement dans le moment.

Un refus explicite ou implicite doit être respecté immédiatement.

Le silence, l’immobilité, la sidération ou l’incapacité à répondre ne sont jamais interprétés comme un consentement.

Tout contact à caractère sexuel est exclu.


Article 13 — Frontière sexuelle absolue

La vulnérabilité créée par un état psychédélique rend toute sexualisation de la relation particulièrement problématique.

L’accompagnant :

n’utilise jamais la séance à des fins sexuelles ;

n’initie aucun contact sexuel ;

ne transforme pas l’érotisation ou l’attachement d’un participant en opportunité personnelle ;

ne suggère jamais qu’un acte sexuel constituerait une technique thérapeutique nécessaire ;

ne profite jamais d’un transfert amoureux ou érotique.

Une charte protectrice adopte une règle particulièrement stricte concernant les relations amoureuses ou sexuelles avec les personnes accompagnées, y compris après la fin formelle de l’accompagnement, afin d’éviter que le pouvoir acquis dans la relation ne soit exploité ultérieurement.


Article 14 — Conscience du rapport de pouvoir

L’accompagnant ne se raconte pas que la relation est parfaitement égalitaire.

Une personne peut lui attribuer temporairement une autorité considérable.

Elle peut le percevoir comme guérisseur, sauveur, expert, maître, figure parentale ou détenteur d’un savoir supérieur.

Le praticien reconnaît ces phénomènes sans les exploiter.

Plus une personne l’idéalise, plus il doit être vigilant concernant son propre pouvoir.


Article 15 — Ne pas créer de dépendance

Un bon accompagnement augmente progressivement l’autonomie de la personne.

Il ne cherche pas à devenir indispensable.

Le praticien ne suggère pas que :

lui seul peut comprendre le participant ;

lui seul peut le guérir ;

quitter son accompagnement serait dangereux ;

le participant doit multiplier indéfiniment les expériences ;

la fidélité au praticien constitue une preuve d’évolution.

L’objectif n’est pas de fabriquer des disciples.


Article 16 — Absence de posture de gourou

L’expérience personnelle, spirituelle ou psychédélique de l’accompagnant ne lui confère pas une autorité absolue.

Il accepte :

la contradiction ;

les questions ;

les critiques ;

les secondes opinions ;

la remise en question de ses pratiques.

Il ne demande aucune obéissance personnelle.


Article 17 — Respect des limites relationnelles

Les relations multiples sont examinées avec prudence.

Mélanger simultanément relation thérapeutique, amitié, sexualité, affaires, logement, dépendance économique ou appartenance communautaire peut considérablement brouiller les rapports de pouvoir.

Lorsque plusieurs relations existent, le praticien examine activement les conflits d’intérêts et les risques d’exploitation.


Article 18 — Confidentialité

Tout ce qui est confié au cours de l’accompagnement est traité avec confidentialité dans les limites prévues par la loi applicable.

Les limites éventuelles de cette confidentialité sont expliquées à l’avance.

Les histoires personnelles ne deviennent pas des anecdotes racontées à des amis, des élèves, des clients ou sur les réseaux sociaux.


Article 19 — Images, vidéos et enregistrements

Aucun enregistrement audio, photographie ou vidéo ne doit être réalisé sans consentement spécifique.

Un consentement à recevoir un accompagnement n’est jamais un consentement à être filmé.

La publication constitue encore un consentement distinct.

Une personne doit pouvoir recevoir le même accompagnement lorsqu’elle refuse d’être enregistrée.


Article 20 — Intégrité financière

Les tarifs et conditions financières sont annoncés clairement.

Le praticien n’exploite pas la vulnérabilité émotionnelle pour vendre :

des séances supplémentaires ;

des formations ;

des retraites ;

des produits ;

des dons ;

des abonnements ;

des services complémentaires.

Une personne en état fortement modifié ne devrait pas être sollicitée pour prendre une décision commerciale importante.


Article 21 — Absence de promesses excessives

L’accompagnant ne promet pas une guérison certaine.

Il ne garantit pas qu’une expérience permettra de :

guérir un traumatisme ;

traiter une maladie ;

supprimer une addiction ;

résoudre une dépression ;

atteindre l’éveil ;

retrouver des souvenirs ;

entrer en contact avec des entités ou des défunts.

Il distingue possibilité, hypothèse, témoignage personnel et connaissance établie.


Article 22 — Communication et publicité honnêtes

Le marketing ne doit pas fabriquer de faux espoirs.

Les témoignages spectaculaires ne sont pas présentés comme des résultats garantis.

Le praticien communique également les limites, les incertitudes et les risques de son approche.


Article 23 — Accueil sans jugement

La personne peut exprimer peur, honte, colère, sexualité, confusion, tristesse, expériences inhabituelles ou visions difficiles sans être humiliée.

Le praticien ne ridiculise pas l’expérience.

Il ne moralise pas inutilement.

Il conserve une présence respectueuse même lorsque son système de valeurs diffère de celui de la personne.


Article 24 — Respect des différences

L’accompagnant cultive une conscience de ses propres préjugés.

Il respecte les différences culturelles, sociales, religieuses, corporelles, identitaires et philosophiques.

Il ne considère pas sa manière de vivre ou sa spiritualité comme l’aboutissement auquel tous ses clients devraient parvenir.


Article 25 — Respect des traditions

Lorsqu’il emprunte des pratiques à des traditions autochtones, chamaniques, religieuses ou culturelles, il cherche à comprendre leur origine et leur contexte.

Il évite de revendiquer des titres, initiations ou lignées qu’il ne possède pas.

Il reconnaît les personnes et communautés dont proviennent les connaissances qu’il utilise et réfléchit aux questions de réciprocité lorsqu’il tire un bénéfice professionnel de ces traditions.


Article 26 — État du praticien

L’accompagnant surveille sa propre condition.

Fatigue importante, intoxication, crise personnelle aiguë, besoin affectif intense, colère ou altération du jugement peuvent rendre un accompagnement inapproprié.

Il ne transforme pas la personne accompagnée en soutien émotionnel pour lui-même.


Article 27 — Travail personnel

Le praticien examine régulièrement :

son ego ;

son besoin de sauver ;

son besoin d’être admiré ;

ses attirances ;

ses projections ;

ses contre-transferts ;

ses croyances ;

ses blessures ;

ses motivations financières ;

son rapport au pouvoir.

Le travail sur soi ne constitue pas un accomplissement définitif mais une responsabilité permanente.


Article 28 — Formation continue

L’accompagnant maintient ses connaissances à jour.

Il ne considère jamais quelques expériences personnelles avec les psychédéliques comme une qualification suffisante.

L’expérience personnelle peut enrichir une compréhension, mais ne remplace ni l’apprentissage, ni la pratique supervisée, ni la connaissance des limites et des risques.


Article 29 — Supervision et regard extérieur

Une pratique saine ne doit pas être totalement autoréférentielle.

Le praticien devrait pouvoir discuter de situations difficiles avec des pairs, superviseurs ou professionnels compétents tout en protégeant la confidentialité.

L’isolement augmente le risque que ses angles morts deviennent des normes.


Article 30 — Droit à la critique et mécanisme de plainte

Une structure éthique permet à la personne accompagnée de signaler un problème.

Elle ne doit pas craindre :

des représailles ;

l’exclusion d’une communauté ;

une humiliation publique ;

un chantage émotionnel ;

une menace spirituelle ;

la divulgation de ses confidences.

Un praticien responsable ne cherche pas à neutraliser toute personne qui critique son comportement.


Article 31 — Reconnaissance des erreurs

Lorsqu’une erreur survient, le praticien ne cherche pas automatiquement à protéger son image.

Il examine les faits, reconnaît sa responsabilité lorsqu’elle existe et prend des mesures permettant d’éviter la répétition du problème.

L’éthique ne signifie pas être infaillible.

Elle signifie notamment savoir répondre correctement lorsque quelque chose se passe mal.


Article 32 — Gestion des situations difficiles

Le praticien dispose d’un plan clair pour les situations où la personne présente une détresse psychologique ou physique importante.

Il connaît ses limites et sait quand solliciter une aide extérieure.

Il ne considère pas automatiquement une détresse grave comme une « purification », une « résistance de l’ego » ou une étape spirituelle qu’il suffirait de traverser.

La sécurité prime sur l’interprétation symbolique.


Article 33 — Continuité et intégration

L’accompagnement ne consiste pas uniquement à provoquer une expérience.

Une attention est accordée à ce qui se passe après.

La personne doit pouvoir parler de ce qu’elle a vécu sans être obligée d’adopter une interprétation particulière.

Lorsque des difficultés persistantes apparaissent, le praticien encourage l’accès à l’aide appropriée.


Article 34 — Ne pas abandonner une personne vulnérable

La fin d’une séance ne doit pas être déterminée uniquement par l’horloge ou par la convenance du praticien lorsqu’une situation de vulnérabilité importante persiste.

Les modalités de sortie, de retour et de soutien doivent être anticipées.


Article 35 — Respect de la loi et honnêteté sur le cadre

Le praticien connaît autant que possible le statut légal de ce qu’il propose.

Il ne trompe pas la personne sur la légalité de son activité.

Il ne présente pas une pratique illégale comme officiellement autorisée.

Il explique clairement lorsque certaines dimensions du cadre présentent un risque juridique.


Article 36 — Responsabilité envers les autres professionnels

Un praticien responsable ne cherche pas à s’ériger contre la médecine, la psychiatrie, la psychologie, les pratiques traditionnelles ou d’autres formes d’accompagnement.

Il sait coopérer lorsque cela sert la personne.

Il peut critiquer certaines pratiques ou paradigmes sans prétendre posséder à lui seul toutes les réponses.


Article 37 — Droit de refuser d’accompagner

L’éthique implique parfois de dire non.

Un praticien peut refuser ou reporter un accompagnement lorsqu’il estime ne pas pouvoir offrir un cadre suffisamment sûr ou compétent.

Refuser une situation dépassant ses possibilités est une marque de responsabilité, non un échec.


Article 38 — Principe général de non-exploitation

Le praticien s’interdit d’utiliser la vulnérabilité psychédélique pour obtenir :

du sexe ;

de l’argent ;

du pouvoir ;

de l’admiration ;

une dépendance ;

un engagement religieux ;

une loyauté personnelle ;

du travail gratuit ;

des contacts professionnels ;

des images ;

des témoignages ;

des informations privées ;

ou tout autre bénéfice qui ne serait pas librement consenti dans une relation équitable.


Principe central

Plus l’état d’une personne augmente sa vulnérabilité, plus la responsabilité éthique de celui qui l’accompagne augmente.

Un bon accompagnant psychédélique ne se définit donc pas principalement par sa capacité à provoquer des expériences extraordinaires.

Il se définit par sa capacité à créer un cadre dans lequel une personne peut traverser une expérience extraordinaire sans perdre sa liberté, sa dignité, son intégrité ni son pouvoir de décision.

 
 
 

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