Une nouvelle technologie aide les chercheurs de Cornell à résoudre le plus grand mystère des psychédéliques
- Yann Marek

- 28 juil.
- 3 min de lecture

La science des psychédéliques est en plein essor, mais l'une des plus grandes universités de recherche au monde affirme que nous ne comprenons toujours pas l'une des questions les plus essentielles : comment ces substances fonctionnent-elles réellement à l'intérieur du cerveau ?
Un nouvel article du Pr David Nutt dans la Cornell Chronicle met en lumière l'effort multidisciplinaire croissant mené par l'ingénieur biomédical Alex Kwan, dont le laboratoire tente de découvrir les mécanismes neuronaux précis sous-jacents à des composés comme la psilocybine.
Alors que les études cliniques continuent de se montrer prometteuses pour des troubles tels que la dépression et le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), Alex Kwan soutient que le domaine manque encore d'une compréhension mécanistique approfondie de ce que font les psychédéliques au niveau des cellules, des circuits et de réseaux cérébraux entiers.
« Les promesses sont immenses, mais notre compréhension réelle de la substance reste très limitée. »
Au-delà du « trip »
Plutôt que de se concentrer sur l'expérience psychédélique elle-même, les chercheurs de Cornell posent des questions qui pourraient façonner la prochaine génération de traitements psychédéliques.
Parmi les découvertes récentes de l'équipe d'Alex Kwan :
Une augmentation des connexions : Une seule dose de psilocybine a augmenté d'environ 10 % les connexions neuronales dans le cerveau des souris.
Identification des circuits : Ils ont identifié les circuits neuronaux responsables de certains des effets à long terme de la psilocybine.
Rupture des boucles de pensée : Ils ont montré que la psilocybine semble affaiblir les boucles de rétroaction rigides associées aux pensées négatives répétitives (ruminations), tout en renforçant le traitement sensori-moteur.
L'objectif à long terme est de comprendre exactement quels circuits cérébraux produisent des bénéfices thérapeutiques, afin de développer à terme des traitements plus sûrs et mieux ciblés.
Nouveaux développements
L'une des avancées les plus majeures n'est pas du tout une molécule. Les chercheurs de Cornell ont mis au point des électrodes ultrafines et flexibles capables d'enregistrer l'activité des mêmes neurones pendant une durée allant jusqu'à un an — une amélioration considérable par rapport aux électrodes rigides traditionnelles qui endommagent souvent les tissus environnants.
Cette technologie permet aux scientifiques d'observer comment des cellules cérébrales individuelles évoluent au fil des semaines et des mois suivant un traitement psychédélique, offrant ainsi une vue sans précédent de la neuroplasticité à long terme. Elle pourrait également s'avérer précieuse pour étudier l'apprentissage, le vieillissement, la maladie d'Alzheimer et d'autres affections neurodégénératives.
Les recherches de Cornell ne se limitent pas aux souris. Les scientifiques ont également étudié les composés psychédéliques chez la drosophile (mouche du vinaigre), découvrant que des mouches isolées socialement devenaient nettement moins agressives après avoir consommé un psychédélique de synthèse appartenant à la famille des phényléthylamines et des amphétamines.
De manière remarquable, les chercheurs ont découvert que le même récepteur de la sérotonine 2A, connu depuis longtemps pour médier les effets psychédéliques chez l'être humain, semble également induire ces changements comportementaux chez les mouches.
Les drosophiles pouvant être modifiées génétiquement à très grande échelle, elles pourraient devenir un modèle puissant pour découvrir de toutes nouvelles cibles moléculaires.
Du battage médiatique à la science rigoureuse
L'équipe de Cornell s'attaque également à l'un des plus grands défis de la recherche moderne sur les psychédéliques : séparer les véritables progrès scientifiques des affirmations exagérées.
Chris Schaffer, professeur d'ingénierie à l'université, met en garde contre la récente vague d'enthousiasme du public, qui a apporté ce qu'il appelle un « facteur ésotérique » (woo factor) croissant — la croyance simpliste que les psychédéliques seraient un remède universel.
Les chercheurs soutiennent au contraire que seule une science rigoureuse et mécanistique permettra de déterminer si les médicaments psychédéliques tiendront leurs promesses. Ils établissent une comparaison avec la kétamine : bien qu'elle soit aujourd'hui un traitement approuvé par la FDA contre la dépression, il a fallu plus de 20 ans de recherche scientifique avant qu'elle n'atteigne la pratique clinique. La psilocybine nécessitera la même rigueur et la même patience.
Pourquoi c'est important
Une grande partie de l'enthousiasme actuel autour des psychédéliques provient de résultats cliniques prometteurs. Les chercheurs de Cornell pensent que la prochaine étape consiste à comprendre pourquoi ces résultats se produisent.
Ces connaissances pourraient aider les scientifiques à concevoir de nouveaux composés qui conservent les bienfaits thérapeutiques des psychédéliques tout en réduisant leurs effets indésirables, en prolongeant leur durée d'action ou en améliorant leur profil de sécurité.
En d'autres termes, l'avenir de la médecine psychédélique dépendra peut-être moins de la découverte de nouvelles molécules que de la compréhension de la biologie remarquable de celles que nous possédons déjà.


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